vendredi 21 juin 2013

LES MOTS QUI CHANTENT PEUVENT ENCORE ENCHANTER LE MONDE



LES MOTS QUI CHANTENT PEUVENT ENCHANTER LE MONDE



Les mots sont à l’enchantoir de la présence …
Ils peuvent s’allumer aux incendies
Qui crèvent la bulle
De l’instant et
Soulèvent
Les foules pour
Un futur

Les mots vont – pour traduire ce futur –
Expatrier vers Ici
Les lunes qui
Veillent aux
Horizons en
Les allumant

Les mots vont et viennent
Pour hacher la comédie grimaçante
Des puissants surarmés

Ils roulent à leur allure tenue
Dans le monde où hurle
L’horizon noir

Mais ils tiennent le vent
Des exils et les tornades
Qui portent les
Accords levés
D’un sang
Extraordinaire
Levé contre les blessures
Au flan de l’Humanité

Mais s’il y a une grâce de nos chants –
Attend-elle que des foules
Se montent à la
Hauteur d’un
Peuple ?
Attend-elle que
Des parades – des fêtes éclatées –
Des musiques tonitruantes –
Des déambulations
En nombre incomptable –
Viennent gratter
Le désir
Sans creuser
Ni les lignes – ni les sillons
De sa terre ?

Nos mots n’édifieraient
Qu’une Babel
Branlante …

Il n’y aura pas de mots-jachères
Ni de mots-ballons-sonde –
Pas de passoires-défouloirs
De paroles ensablées
Sous des bunkers
Ensevelissant
La fantaisie

Nous n’irons pas souffler
Aux acteurs hurleurs
Qui ne savent
Approcher le
Silence
Nous n’irons pas – là –
Pour la paix comme
Spectacle-exutoire
Pour le sommeil
De la pensée

Tout le verbe-chair
Gravelle dans les veines
Quand – du cœur des fêtes officielles –
On entend : « Elle n’est pas
Plus belle : la vie » …
La chair s’évente
Et le verbe
Croupit dans
Ses alcools

Et le partage osé s’y morfond
Sans plus autre aspiration
Que de saisir à la volée
Le bruit des haleurs
De bateaux puissants
Qui ont ouvert le courant
Aux foules …
Et l’on entend encore :
« El pueblo unido jamas
Sera vincido »
Et les lendemains seront encore
Plus moroses et onéreux
Surtout pour la misère
Qui se cherche 

Le « Maintenant » rentre
Dans des courants d’air
D’où le monde
S’évanouit …
Et le vent –
Comme ultime suspens
Le solde pour le
Rien d’avenir
Sans plus
Aucune présence

L’Aphrodite –encore rêvée
Pleure de n’entendre et
De ne voir que les
Masques torturés
De la grâce
Qui pleure !

Armés des trois muses –
Nous sortons des ruses
Des fantômes d’à-côté
Qui agitent l’unité
De la jeunesse
Pour mieux
La jeter
Dans une errance non ciblée
Par la grâce – la justice
Et la patience

Mais ces mots ne sont pas science
Et ils ne sortent ni des
Bagages de la culture
Ni des tiroirs du
Savoir …
Pourtant – les signes qu’ils lancent
Ne sont pas imprécateurs –
Car le poème s’il chante
Prend la pensée
Sans la hanter

En un seul point
Où gonflent les rumeurs –
Demeurent les lignes de fond
D’un grand chœur qui
Se cherche à partir
D’un ailleurs … :
Il est dans les nuées voyageuses
Sur lesquelles le silence
S’appesantit …

Nous pourrions danser avec
Les peuples comme
Au milieu des
Fleurs 
Le fond d’air
Des nuées – porte plus loin –
Il brasille dans nos sens
Et remonte notre
Pensée –
Chaudement –
Dans la vigueur d’une liberté
Nouvelle – alliée à
La justice :
Elles se cherchent
Comme nous nous cherchons …

Cependant : pas d’hypothèque
Pour le futur :
Notre mémoire occultée
Écrase un passé
Tout en le
Relançant comme un autre
Qui garderait la pureté
De ses traces …
Si nos poumons respirent
Au lointain
Si nos mains
Cherchent à se joindre –
Devrions-nous attendre
La promesse de poètes-prophètes ?


Devrions-nous l’entendre ?
La présence explose ?
Mais le temps tenu
Du hasard la
Refonde dans
Les rencontres
Que le passé recomposé
Féconde sans-cesse

Et nous expérimentons
Immanquablement
Le croisement de
La vacance avec
La nécessité
Pour pourfendre
Ce qu’il y a
De fantomatique dans
La présence

Tous nos mots quand ils chantent
Relèvent aussi d’un espoir
Et d’une confiance
Pour ceux-là
Qui volent
Le temps
Pour le réinscrire
Dans leurs
Marches –
Et sur la page tracée
Par un monde
Qui se cherche
Après avoir
Été raturé
Par toutes les bouches
Qui crient les
Ports d’arrivée

Nous aurons rejeté
Tous les inventaires
Pour passer outre
Toutes les archives
De vieilles « boutiques »
Où se décervellent
De fausses intellections !
Mais nous aurons encore dit :
Nous !
Mais – qu’il y ait « œuvre » -
Elle sera peut-être
Au partage de
Toutes les
Singularités

Et Toi : l’égérie de ma désobéissance –
Toi qui indiques le frais
Chemin quotidien
Qui mène aux
Clairières
Des fées …
Toi amoureuse
De toutes les jeunesses d’esprit … :
Tu es la seule promesse
La seule grâce
Que j’attends –
Pour ce que tu indiques
Du poids de nos mots
Avec les miens
Ainsi : se jouxtent-elles :
Les constellations
D’Humanité
Qui se lèvent
Avant même l’aurore
Quand elle pleure pâle
Du soleil absent
Que nous voudrions Ici

Et … Jusque dans la nuit :
Notre Aphrodite est notre amour
Livrant un peu le secret
De toutes les forêts
Où tant d’exilés forcés
Ont trouvé refuge –
Les voilà qui
Éclaircissent nos songes
Et en font la chambre de résonance
D’où rayonnent les voix
De partout …
Songes d’où surgissent
Toutes les fleurs
Qui s’épanouissent sans-cesse
Du côté de l’étrange étranger :
Celui que l’on n’attend pas
Mais traduit notre langue
Dans la « vraie » musique –
Les « vraies » chorales
Du monde à bâtir –
Du monde à ouvrir –
Du monde à respirer
Derrière – contre et malgré
Tous les murs qui le ferment :
Toute une époque encore divisée –
Encore à refonder
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