vendredi 12 février 2016

QUAND LA NUIT RETIRE SA ROBE DE VILLE




QUAND LA NUIT RETIRE SA ROBE DE LA VILLE


Je viens becqueter des vers au petit matin
Sur les bas côtés de l'avenue avant l'aube
La nuit n'a pas encore retiré sa robe
Où l'ombre sur la lumière toujours déteint

Le silence y prend un air mutin qui patine
Avec des gants de velours sur tous les « Bonjours ! »
Les quelques fantômes lancés satinent
L'horizon qui les tient avec son abat-jour

Les rues voraces ne sont toujours pas réveillées
Elles jettent leurs larmes entre les lampadaires
Mais le temps court – surprend les ensommeillés
Travail et fric sont leurs bosses de dromadaires

Le poète paresseux connaît ce fardeau
Mais il se veut enfant pour rimer l'impossible
Afin de jeter sur son sol la raie à mi-dos
Là si dort façon berceuse son cœur bien sensible

Le cours de toute musique entrant dans le proche
Que la vitesse emporte malgré ses soucis
Ce sont veine et sang demeurés au creux des poches
Pour tous anonymes debout – jamais assis

Mais bientôt la fauve lueur lance les fauves
Les dés sont jetés – il n'y a plus de hasard
La fièvre rentre dans la ville qui n'est sauve
Qu'à laisser buriner l'ouvrier sur son quart

Toutes les portes d'un poème sont ouvertes
Pourtant si ce n'étaient les longs fleuves sauvages
Elle pourrait passer bien cette tranquille quête
Du partage audacieux et sans aucune rage …

Là avec les revenus matinaux des rêves
Quand le ciel met à nu cette ville-lumière
Pour qu'elle en finisse avec l'ombre de la trêve
Ainsi se dépêche la rumeur et son air

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