Lettre à tout le monde,
parce qu'on est les habitants divers d'un seul pays,
et qu'on veut y vivre en paix.
Tous différents, par l'âge, l'histoire, le sexe, la profession, l'orientation sexuelle, la
couleur de peau, la religion, femmes et hommes, tête nue ou couverte, jeunes et vieux,
ouvriers et enseignants, croyants ou non, nous avons pu, nous avons su nous retrouver
pour partager notre peine, notre désarroi et notre envie de réagir à l'horrible assassinat
de Samuel Paty, en ouvrant à autre chose qu’à la peur ou la haine.
Ce texte est le produit de ces rencontres :
1. Maintenant, si nous voulons la paix et l’entente entre les gens du pays, il n’y
a plus d’autre choix que de prendre les choses en main, nous-mêmes, avec tous
ceux qui le veulent, car personne ne le fera à notre place : Pour la paix, on ne peut
pas s’appuyer sur ceux qui veulent et construisent des tensions entre les gens, on ne
peut pas compter sur les politiciens et leur partis, on ne peut pas compter sur l’état
ni sur les élections. On ne peut pas compter non plus sur les religions, c’est à dire
sur les clergés de chaque religion qui ne font rien pour calmer vraiment les choses
au niveau national ou international. Dire cela n’a rien à voir avec la foi que chacun
peut avoir, que nous respectons et qui est personnelle dans le sens où elle ne
regarde ni les voisins, ni l’état.
2. Nous regardons ce qui nous unit, et pas ce qui nous sépare : ce qui nous unit, c'est la volonté
de vivre en paix, dans notre pays, la France, composé de millions d’habitants tous différents, et où
chacun doit être pris en compte à égalité avec les autres : pendant le confinement, on n’a pas
regardé l’origine, la religion, la couleur, le quartier de celles et ceux qu'on a appelé « les 1ers de
corvée ». Non, on a juste vu des caissières, des chauffeurs, des soignants, des livreurs, des
éboueurs... des gens du pays, qui font ce qu’il faut pour que tout le monde puisse vivre, se soigner,
se déplacer, se nourrir etc...
Aujourd'hui, nous refusons d'être à nouveau mis dans des cases, assimilés à des groupes sans la
moindre individualité, nous refusons d'être jugés sur notre apparence, nous refusons qu'on décide à
l'avance de ce que nous pensons, de ce que nous voulons. Chaque individu est plusieurs choses à la
fois : homme ou femme, parent, enfant, pratiquant une religion ou non, étudiant, intellectuel,
ouvrier, retraité, malade ou en bonne santé, etc.... Nous refusons d'être réduits à une étiquette,
ramenés à une communauté, qu'elle soit « française » ou « musulmane », comme si on ne pouvait
pas être les deux. Cela a pour but de désigner des gens comme «ennemis de la République» ou
«ennemis de la France» : c’est une façon indigne d'exclure de la société.
Tous ceux qui nous réduisent à une seule identité, en fonction de notre couleur, notre religion ou
autre, sont des fauteurs de troubles, de tensions et de guerre. Un pays où la politique est de séparer
les gens suivant des critères décidés par l’état n’est plus un pays libre, n’est plus un pays où chacun
peut respirer comme il l’entend, en respectant les autres.
Le pays, c'est nous tous ! Nous, qui y vivons, et qui contribuons à le construire, par notre travail,
par nos échanges, par nos études, par notre vie, tout simplement.
3. Nous sommes capables de penser par nous-mêmes, de réfléchir et de
travailler ensemble à un chemin pour faire un pays de paix, où un habitant
égale un autre habitant, où chacun peut vivre correctement, avoir des droits et être
respecté.
Nous refusons la pensée unique, qui serait la pensée officielle, celle du
gouvernement, du « si tu n'es pas avec nous, tu es contre nous », relayée par les
partis, les médias, et certains intellectuels appointés.
La loi sur « le séparatisme » cible ouvertement ceux que le gouvernement appelle
« les musulmans », en fait des gens qui vivent et travaillent ici, qui sont français,
qui font partie du peuple. Mais en vérité, c'est toute personne, tout groupe qui ose
se déclarer, se manifester, penser, qui est visé par cette loi. Son but, sur le fond,
c'est que toute idée qui vient des gens, toute pensée non conforme au macronisme
et au lepénisme ambiant, toute idée moderne et positive du peuple de France ne
puisse pas sortir, s’exprimer et se développer.
La loi de Macron sur « le séparatisme » c’est pour dire à tout le monde que si on
pense et si on agit contre sa politique, on devient « séparatiste » et que la police, la
justice nous mettront à l’écart de la république, nous désigneront comme ennemis
intérieurs.
Cette loi ne dit pas la réalité, c'est un piège pour empêcher les gens de penser et de
se parler. Depuis le mouvement des Gilets Jaunes, le gouvernement a peur que des
gens différents se parlent, se rencontrent, s’écoutent et décident éventuellement de
faire des choses ensemble pour arranger la vie de chacun et créer un peu de
solidarité.
La pensée unique, c'est aussi celle des fanatiques religieux, des propagateurs de
haine, incapables de faire la part des choses, acharnés eux-aussi à faire rentrer les
gens dans les cases qu'ils ont décidées et à décréter comment chacun doit vivre et
penser.
Nous refusons d'être coincés entre deux discours de tensions et de haine, les deux
versants d'une même médaille. Ce n'est pas un choix, mais un piège, pour nous
empêcher de penser un pays pour tous, nous empêcher de réfléchir à comment
apaiser les choses, et au contraire nous radicaliser dans un sens ou dans un autre.
4. Rien ne justifie la persécution, ni une religion, ni une idéologie quelconque, ni la raison
d'état.
Le climat actuel, aussi bien les meurtres que les politiques proposées, font tout pour diviser, séparer,
confronter. La récupération de l'émotion provoquée par l'assassinat atroce de l'enseignant Samuel
PATY, redoublée par les meurtres de Nice n'a fait qu'attiser les tensions et désigner un groupe de
gens du pays « les musulmans » comme des ennemis intérieurs. Est-ce qu'on va rester coincés dans
cette spirale ? Ou est-ce qu'on va arriver à s'en dégager, à affirmer et pratiquer une autre réalité de
notre pays, en nous rencontrant, en échangeant et en nous battant pour aider notre pays, c'est-à-dire
nous tous, ses habitants ?
5. Nous, les adultes, nous devons nous soucier des jeunes, les aider à se repérer,
à prendre du recul, à faire la part des choses. Les enfants, les jeunes, ont besoin
d'être entourés d'adultes bienveillants, posés, réfléchis. La religion est une affaire
personnelle, ça suffit d'en faire un problème. Comme le dit une d'entre nous : « ma
religion est dans mon cœur, ce n'est pas une caricature qui va y changer quelque
chose. » Il s’agit aussi de ne pas souffler sur les braises, de ne pas blesser,
humilier qui que ce soit par l’insulte, les dessins, les dogmes. Nous voulons
travailler à bâtir non des murs mais des ponts, pour que chaque jeune du pays s'y
sente chez lui.
Voilà résumés les premiers points que nous avons pu commencer à dégager et sur lesquels nous
avons décidé de nous appuyer pour développer un travail de paix, pour un pays pour tous, où les
notions de liberté, égalité et fraternité ne seraient pas des mots vides de sens, des prétextes à
soumettre, humilier, diviser, mais des principes pour penser et agir dès maintenant.
Mettre en place ce travail, ces rencontres, ces moments d'échanges, de pensée et de décision
collective, c'est aussi et d'abord ce qui permet de sortir de la stupeur où les assassinats et leur
traitement politique et médiatique nous ont plongés, c'est ce qui nous permet de créer et de donner
de l'espoir, c'est ce qui nous permet d'agir, en affirmant et en pratiquant que le pays, c’est nous tous,
tels que nous sommes, divers et capables de nous parler, de nous rencontrer comme nous le faisons
déjà depuis longtemps. C'est ce qui peut mettre des points d’arrêt à toutes ces politiques criminelles
et persécutoires.
Se réunir ainsi, c'est déjà transformer la situation, parce que chacun décide de rencontrer d'autres
personnes pour faire avancer la pensée.
Nous savons aussi que beaucoup de gens dans le pays partagent notre réflexion, notre démarche, ou
souhaitent le faire. Par ce texte, nous voulons vous dire que c'est possible, parce que nous l'avons
fait et continuons à le faire. Cela nécessite de la persévérance, de l'inventivité, du respect et de la
confiance, en soi et dans les autres.
A chacun de s'y mettre.
Réunis en assemblée,
Brigitte, Nora, Pascal, Saadia, Chérif, Jean-Louis, Nasseira, Khaled, Marcel,
Khadidja, Pascal, Baptiste, Victor, Sonia, ainsi que tous ceux qui nous rejoignent
dès qu'ils le peuvent...
pour nous écrire : lapaixpossible@yahoo.com
Toulouse, le 01/11/2020
mercredi 4 novembre 2020
LETTRE A TOUT LE MONDE, parce qu'on est des habitants divers d'un seul pays et qu'on veut y vivre en paix.
LA ROBE D'AURORE PUIS LE SOLEIL POUR TOUS
Peinture de Daniel CASTAN
Paris Le 4-11-2020
LA ROBE D'AURORE PUIS LE SOLEIL POUR TOUS
O Robe d'aurore ! Tu mets à jour l'azur
Et le rythme des chemins qui se précipite :
Oui ! Tu l'enrobes de ton or en son futur
Qui n'est triste pour maint et maint que tu invites
A sortir du mal indiqué et à sentir
L'égal qui – sous le grand soleil – demeure unique
Pour toutes les mains que le dur travail attire -
Pour découvrir encore Humain qui n'est inique
mardi 3 novembre 2020
PAS DE PAIX DANS LE VIDE
Peinture : Mira MITROVA
Paris Le 3-11-2020
PAS DE PAIX DANS LE VIDE !
Par ce vent froid de novembre ils sont si serrés
Filles et fils de Paris sortis de son ventre
Ce soir ils boivent chaudes leurs ombres ferrées
A l'ambre sertie des murs – enfilée aux antres
D'un pas rapide ils avancent dans le silence
Lapident-ils en pensée les airs de romance
Non ! A la hanse des jours : ce vide des temps
Ne ride instant d'amour qu'au rance auquel il tend
Et tous travaillant le vide qu'ils vont fatiguer
Ils endiguent son vent baillant aux murs – l'enferment
Que rien ne vaille de le laisser naviguer
L'obscur éventé se démaillera à terme ...
lundi 2 novembre 2020
CE QUE CHUCHOTENT LES LEVRES DE LA VILLE
Paris Le 2-11-2020
CE QUE CHUCHOTENT LES LÈVRES DE LA VILLE
Sur les lèvres du boulevard lustrées de noir
Ce soir ne brillent plus enfants de cette ville
Où glisse comme en buvard sa plèvre d'espoir
Qui ne crie pas dans le vent ses couleurs civiles
Et l'ultime sueur essuyée par le froid
Avec le suif de cette bruine intermittente
Rend plus intime le silence qui la broie
Et plus infinie sa patience sans attentes
Or malgré les bruits de Paris qui se sont tus
Ne croupissent taries les eaux de la mémoire
Ni ne sont arides en puits et terre têtue
Les plissements de toute source en notre histoire
EN PARIS : RENCONTRE ET VUES QUI FONT SON SOUFFLE
Paris Le 1-11-2020
Sous confinement
EN PARIS : RENCONTRE ET VUES QUI FONT SON SOUFFLE
Enfants shootant ballon – sauvages – au vent froid
Or bon an mal an – passant pages très amères
Qu'il m'apporte en cage dans sa malle à l'étroit :
Sautant jeune âge un homme parle de sa mère
Mais outre que jamais terre ne se déroute
C'est toujours aux enfants à nous faire savoir
Si nous poussons le temps à sa fin et s'il envoute
Par attache de mort qui est alors au pouvoir
Ayant dit l'éternité au vent – ses rasades
L'homme s'en est allé – serré par bruine obscure
Me rappelant à Baudelaire et ses « Promenades … »
M'abandonnant au sort de ma pauvre écriture
Combien d'enfants comme avec casque ailé sur tête
N'exhumant de masque sur leurs heureux visages
En vélo trottinette ou patins à roulettes
Égayent Paris le soir en son paysage
La ville respire aussi avec les amants
Qui – bras dessus bras dessous – posent leur fontaine
Sur le boulevard et le chauffent calmement
Avec leurs mains et baisers qu'ils mettent en sa traîne



