jeudi 16 août 2012

HORS LES MURS DE L'IMITATION


HORS LES MURS DE L’IMITATION



Tête à tête avec le macadam marbré
Lustré par plaques blanches et jaunes
Moucheté de longs silences …

On se pénètre de l’air piquant
On respire vers le ciel bleuâtre
Qui finit sa nuit

Les voix de l’intérieur
Calment la solitude
Un peu trop serrée
Par le temps

La musique variée chuinte
Elle calme l’âme - un moment
Serrée contre la ville
Endormie

Mais la jeunesse s’invite
Au petit matin
Elle court
Dans ses mots
Et fait hurler
Ses mobiles
A-t-elle
Fini
De
Festoyer ?

Au même moment
Les nids dans la pierre
Baillent à leurs fenêtres bleues

Le ciel blanchit
Terre à terre – terre à pierre
Ne s’en bâtissent pas moins
Des montagnes de clarté
Sur l’espace où gisent
Les toits

Ici où s’abandonnent
Des amoureux
A leurs baisers –
Des voix présentes
Montent comme contre
La plus grande fréquence
Des fauves automobiles …
O l’éclat des rires d’un côté
Et les chuchotements des amoureux de l’autre

Le silence s’est tu
Il a armé notre voix …
Au vif levé du matin
On pique de la tendresse
On souffle sur le feu de la parole
Comme sur la chair du proche
Ainsi s’invente dans
Les nerfs de
La présence
De quoi
Passer outre
Tous les lointains

Là – justement –
A l’autre bout de l’avenue
Se pressent des jeunes
En colonie
D’où
Viennent-ils
Où
Vont-ils ?

Aussitôt quelques immeubles
S’auréolent de lumière
Et le ciel vire
Au bleu
Azur

Peser le temps
A sa main qui court
Pour saisir une éternité
Et abolir les frontières de l’être
Dans le flux ininterrompu de la présence
Ici – pour ne pas sombrer
Dans la vitesse
Ici- pour ne pas chuter
Dans l’indifférence

Théâtre chez la jeunesse
Acteurs qui se révèlent mimer
D’autres acteurs :
Le monde ouvert
A cet autre
Parole

Cet art joint au notre
A chaque fois
Concentré
Dans
Le prisme
De l’écoute – du regard
Et des lumières

Mais le notre abat les murs de l’imitation

Ah ! Voir encore
Les rares passants
Pressés par le travail
Le lendemain du 15 aout !
Labeur encore et encore
Poussé dans l’oubli
De la vacance
Qu’ils volent
Le temps
Dès qu’ils
Le peuvent !

mardi 14 août 2012

PAROLE ET FANTAISIE

PAROLE ET FANTAISIE



Chien de la fantaisie
Tu n’obéis qu’au collier
Et – si jamais on ne te suit pas
Tu t’évanouis dans
La Nature

Fasse que mes mots te soient
Douceur angélique
Même s’ils se battent
Pour te tenir
A mes côtés

Mais ils sont sauvages et hurleraient
Si on ne te tenait en bride

O soleil
Aide-moi un peu
A ouvrir l’horizon
Dans mes errances
Sinon j’irai courir
Sans un son qui
Fasse sens

Cédez le passage
O fureur – O barbarie
Je ne peux que décliner
Vos offres alléchantes
Tant elles sont aujourd'hui
immergées dans l’obscur et la cruauté

D’ailleurs – ne le faisant
Je plongerais dans l’inclination
A mordre sans-cesse
Dans la chair
Du présent

Ah ! Que j’attrape le nœud
D’une parole dans
Une musique
Avec la colombe
Qui la fasse
Danser
Que je le dénoue
Par un peu de domestication

Que monte le bruit d’ailes
Pour une concorde entre
Âme et corps
Rien n’empêcherait la colombe
De franchir un océan
De rumeurs

Avec mon chien pilote
A qui je lâcherais du mou
Nous irions fureter
Sur ses rives
Sauvages
Et
Je t’appellerais O colombe pour
Loin – très loin aller
Battre le jour dans
Son matin fouetté
De promesses
D’azur

J’irai – oui ! J’irai
Et trouverai l’esquif
Pour le mettre en voiles
Et  j’en sentirai  la paix
Comme un prodige lancé
Au ciel saturant le  gouffre
De la prière sans-cesse psalmodiée

Oiseau – ton vol libre
Je veux l’élargir
A ma fantaisie
Écoute le tour
Que prend la magie
D’une parole domestiquée
Pour la libérer de la pesanteur

Elle est là avec toi
Au cœur d’un matin changeant
Où l’hésitation des nuages
Gonfle de rose en gris
La barre platinée
De l’horizon

Elle est là
Elle s’invite dans mon chemin
Elle rappelle une souveraine énigme
Que j’ai cueillie dés l’aube
Au jardin encore vif
De mes rêves

Mais qui parlerait beauté
Sans le chien de fantaisie
Sans la colombe voyageuse
La muse – elle-même – est à leur croisée
Invitant ainsi au chant jamais rassasié
Sur la bouche qui désire
Plus loin aventurée
Plus proche
S’entendent les joies
De la présence reconquise

Un petit mot d’amour
Pour accomplir un toujours
Invite au hasard
De l’aimée
Pour faire diligence
 Du chaos incompressible
Où se déplacent les lignes
De l’instant

Mais voilà qu’au détour du regard
Elle : c’est une source
Que l’on embrasse
Sortie du vide
Où le bruit
Sur les lèvres de la place
S’est pris dans les  nasses
Du rêve encore  insistant
Et des pensées envahissantes –
Comme ressac  du passé –
Bientôt soulevées
En un seul bloc
Et dégagées
Du présent

On attrape d’un seul regard
L’histoire vive qui flotte
Statufiée sur le char
A Marianne restée
Noire sous
La grisaille
Mais comme prête
Toujours prête
A chevaucher
Ses lions

C’est tout contre
L’Histoire qui tue
Le poème enlacé
Par la présence …
Mais la muse ! La muse
S’est offerte à la
Fantaisie-source
Elle appelle   -   appelle !... 

lundi 13 août 2012

OUVRIR L'HORIZON


OUVRIR L’HORIZON



La misère peut-être un lâcher d’étoiles
Comme feu d’artifice lancé
Aux pieds lourds ancrés
Sur un horizon fermé

Où est la maison de la misère
On ne vit qu’en caserne
La liberté ne s’en arrache
Que dans l’ouverture
Au monde

Debout – face à l’insane –
On bâtit  des rencontres
Sur le hasard qui offre
L’amitié

On déserte au rayon képis -
Ne chantant les sillons
Du sang
Mais on ne fait carpette
Devant le mauvais sort
Qui sourit aux puissants

Toute halte est-ce assez
Que de tenir son soleil fier
Dans les tourmentes
Où se gaussent
Les rois

Tout salto dans la musique
Des jours sans fin
Lui est une force
Sans égal
Qu’elle embrasse en chantant

Seule – Misère levée
Est au chant
Des oiseaux
Ce que Tendresse
Est aux ailes
De l’amour

On ne saurait partager
Son regard dans
Une ère lointaine
Sans passer outre
Son errance cachée
Dans les détours au chez-soi

Juste un  trou
Comblé de majesté
Invite la beauté
A parcourir son sens
Sur le chemin – sous son halo

Tant de distance avec les monstres
Défait la  pitié
Qui lui est donnée en pâture
Pour de bien sombres avenirs

Marche – Marche et  Creuse – Creuse
Poète – au fin fond
De la misère
Elle te renverra tant
De plumes fleuries
Face aux mâchoires-vampires
Que le petit vent transporte
Au-delà du temps dévot
Où se plaisent les « héros »
De la vitesse

Laisse donc pleurer
Pour la gueuse
Elle te renverra
Au courage
Des gueux
D’où
Ne se pétrit
Qu’une seule terre
Celle où vibrent les accents
Tumultueux d’un fleuve immaîtrisé

Où brillent – vagues après vagues
Les pierres rongées par son flot
Dans des départs multiples
Emportées loin
Vers l’embouchure
Ces pierres sont celles de la misère
Elles amènent toute vitesse
A se noyer
Étreignent tous les courants
Vers la mer où ne jurent
Que les rois avides
De cet ordre fixe
Et totalisant
Qui écarte –
Rapide –
Le démuni
De tout

jeudi 9 août 2012

BOIRE DE LA DISTANCE


BOIRE DE LA DISTANCE



Je m’en vais cheniller
A bout d’aube chevillée
Aux fleurs de lumière
Au milieu de l’ombre

Elles syncopent
Avec le soleil indécis

Grignoter de la présence
Contre les arbres …
Et voilà cette coupe platinée
Qui m’aveugle
De son prisme
Je l’avale gorgées par gorgées …
Plein d’éclats – je respire –

Boutefeu dans l’horizon incendié –
Maintenant je butine –
Papillon  du matin -
Ailes ionisées
Par l’azur

Bientôt le soleil
Entre dans les feuilles
Sa braise glisse sur d’autres
Fleurs de lumière

D’autres plissements d’ombres
Se resserrent à l’angle
De la pierre
Je bois
De la distance
Sanglée sur la cimaise
Des toits
Je bois
A la vitesse de la présence

Mes yeux en accent aigu
Frôlent le travail
Au milieu
De trolls bondissants
La taille de la ville
Me couvre de son secret nu

Je suis le devil
Je suis le djinn
Mais mon rayon d’action
Suit ces proches lignes
Où s’évanouit
L’obscur :

La grande courbe d’un rêve
Courant se mettre
Au parfum
Du jour
Qui – à l’instant –
Est giflé par
Le vent

Ah ! Les joues du souffleur
S’essayant à rogner
De l’azur –
Frémissement insigne …
Avide de douceur
Je me cogne
Contre le ciel

Papillon-djinn
Je m’en vais de nouveau
Halluciner de ma trompe
Le soleil indécis

Mon su est mon suc
Pris aux fleurs-lumière
Qui flattent le diable
Dans la cour des rois
Mais laissent ruisseler
Mon miel contre l’arbre
Du savoir où s’est surprise
Ma tendre métamorphose

Dans les roueries de ma loi –
Affable est ma courte saison
Qui raconte une passion
Celle qui retourne le monde
Dans ses brèves rondes
Pour qui débride ses rêves
L’espace d’un petit matin

mardi 7 août 2012

AUX DESABUSES DU POEME


AUX DÉSABUSÉS DU POÈME



Je tire du hasard
Le chiffon des errances
Je le tords …

Échauffourée avec le silence …
Rouerie des mots sauvages
Qui le siphonnent
De près…

Mais il les mord
Et appelle à jeter les dés
Ce barrage pour faire pâlir
Les rejetons désabusés de l’art …

Attelle – Ici – ta parole
A la jeunesse
Essaie de jongler
A son école
Pour dessangler
Ton monde
De la barbarie

Vois et atteste de ses paris
Pour voyages partagés
Sois attentif à ses traces

Qu’elle imite les guerres
C’est l’impromptu – toujours –
Du hors-place où
On la maintient

Si hâtifs soient ses chemins
Dans la nécessité
Elle se déleste
Du destin
Et vaque
A ses rêves

Et le silence doublé du hasard
Rentre dans l’écoute adoubée
Par cette proximité
Qui danse sans trêve
Sur des lèvres
Où chuchote
L’avenir …

C’est le grand tour
Où – magiques – les mots
Trament    la  musique
D’une nouvelle beauté
Dans le soleil
Étourdi

Oui ! Jeunesse ! N’attends rien
Et accompagne ton ivresse
De temps intense
Volé
Avec tes chants
Toujours rythmés par
Ton audace en rencontres
Dans l’instant de
Ta présence
Zélée
Comme libre oiseau
De l’amour

Ah ! Que je ne louvoie pas
Pour un repli de grand âge
Dans une voix
Sans désir
Mon hasard – toujours –
Est compagnie
Qui défie
Toute puissance avec
Ses dents sanglantes
De fortune au soleil …
Qui s’étrangle

lundi 6 août 2012

PARIS SANS ATTENDRE


PARIS SANS ATTENDRE



Que le temps  brisure-fêlure
Raconte Ici  -  traverse
Les miroirs du monde

Qu’on aille à sa renverse
Au matin – sur les rondes
Dispersées par un pâle été

Et il ne nous coûtera plus
De parler – de conter
Des histoires de vigie
Rien que pour vivre
Et voir …

Plis – replis
Contre la moire
Du savoir …
Nous les rentrons
Dans l’air d’aujourd’hui –
Accomplissant des lumières anonymes
Au ras du ciel qui s’ennuie
De notre vertige
Sans bohème

Des têtes sans âmes
Jouent des solitudes dispersées
Dans leurs drames à deux sous
Qui se perdent dans
La misère

C’est en Paris
Que boit ce poème
Il n’est nulle rage
Qui le tarisse

Petit page des déraisons
Il lui offre des grâces
Hors-saison
Pour qu’il décoiffe
Les sous-fifres du mirage
Au tête à tête avec le soleil
Qui rigole en les aveuglant
De ses clins d’œil
Ces rares beugleurs
Au calcul et aux paroles
Sans passion

Bascule – Ici – l’arène
Et ses fêtes sont comme en ruines –
Désertées par un plein été
Frais comme un début
De printemps
Qui saoule
Comme Mars en Aout
Tous les mercis
Les freine
Dans des bruines soudaines

Elles bousculent la scène
Sur la place de Grève
Jusqu’à la Seine
Comme une grâce qui s’enlève
A tous les fruits
Du temps attendu sans trêve

Le bruit que cela fait
Dans le poème
C’est un silence
Pour les rassis du rêve levé
Qui ne peaufinent
Leurs fées
Qu’à perdre
Leur Paris

Un sursis pour ce poème
Qui parie pour l’ondine
Des houles – celle
Qui relève
Les foules
Pour qu’elles roulent
Bientôt avec
Le bel océan
Des rêves

dimanche 5 août 2012


PAS DE TRACES POUR L’ADIEU


Au temps de cet adieu imprononçable
Sous des mottes de terre décomposable
Me mettant là complètement à nu
Je ne voudrais pas crever d’inconnu

Que le réel – rien qu’un peu - me décille
Dans mon pauvre repli – incodycille
J’y ai trouvé tant d’ailes de géant
Qui s’y déploieront – toujours – sans argent

Je traverserai des mers sans pilote
Sans les confins de la renommée
Paix – à contre courant – pour qu’à jamais
En finissent mes pensées de zélote

Ainsi – désencombré de tout attrait –
J’exploserais mon pauvre pré-carré -
Amie – ouvrant l’après du triste chant
Tu l’ouvres – florissant – tout en sachant
Lui délivrer les accents d’une veille
Qui suit le coucher d’un rouge soleil

Lames de fond d’un empire englouti :
S’insurgent – là – les larmes de l’oubli -
Je bâtis tout un monde contre l’ombre
Bien avant que ma mémoire ne sombre
Où les fleurs aquatiques à l’abandon
Flirtent avec des monstres froids abondants

Voilà donc l’échelle haute de Jacob
S’en allant hanter la belle et pieuse aube
Si proche dans sa pelure de fruit
Que s’en descend la robe de la nuit
Sous le déshabillé tremblant du jour
Où tout mon ciel appelle encore Amour -
Renaissant sous les ailes du partage -
Cette égérie unique en un mirage :
Muse délicate offrant Liberté
Sur les mille étages de la beauté

Chaque terre à terre lancé au ciel
Attrape et fait danser un essentiel
Pacte au lieu et place du toujours
Si éphémère en soit son grand parcours

Et l’adieu lié à l’amer destin
Efface ses ruines chaque matin
Comme dans le sable s’en va la mer
Préservant tous les chemins bien en terre
Là où s’en vont marcher tous les amants
Qui n’y épuisent pas tous leurs serments