mercredi 17 octobre 2012

SUR MON GRIMOIRE



SUR MON GRIMOIRE


Tricotant la laine de mes songes
Et berger  de mes audaces
Je trace aussi en
Mouton noir
La berge
Où
Asseoir
Mes lunes

Lassé par les chemins baptismaux
Je laisse crever mes prières
Dans mon grimoire -béant
Parce que sourcier

Crépitant – le feu sur ma rive – adossé
N’est pas un phare
Il ne lâche
Que des fumées
A l’indienne
Par-dessous cette couverture
En voile sur les flammes
Ainsi adoucies

Vienne que s’en souvienne
Le souci à l’écart
Des chaînes et
Flambeaux
On se fabrique alors
Des oreilles d’ours
Pour ne pas tomber
Dans un silence
Feint

Mes sources – mon fleuve
M’abreuvent des
Échos mondains
Où je ne louvoie
Que pour un poème
A la voix émondée

Dans les matins des mes vertiges
Je hume l’air d’aurore
Et veille – la plume
A la main
Pour ne pas sortir
De l’amour sorcier
Celui qui ensorcelle
Les hommes-lige
Et même les
Mutins

Ma toise fléchissant
Je m’arme d’ambroisie
Avec le fléau brillant
Sur mes herbes
Sauvages

Comme mon propre drapeau
S’évente – je brise et rebrise
L’élan de mes voiles
Demeurant ainsi
Le contempteur
De tout destin

Dégrisé par la pesanteur de l’âme
J’aspire le gri-gri qui arme
Mes grâces
Sans les gratifier
D’un poids
Incendiaire

Mais le trèfle
Ne saurait faire faner
Les fleurs
Et je le rumine
Pour aller cheminer
Sur les flans du
Hasard

Pour ma passion
C’est ma potion
Qui n’altère pas
Ma faim

De rêves en rive – mouton noir
On voyage dans l’assise
Du gai savoir …

mardi 16 octobre 2012

PRE CARRE OUVERT



PRE CARRE OUVERT



La tête et les épaules
Rentrées dans le suif du soir
Ici  - je m’en vais
Tatouer le corps de
Mon chemin pâle
Et rétréci

Chiffonné : le cache misère
De mes horizons cossus -
Maintenant – je casse
Ma bosse où s’évase
Encore la corne
De ma voix

J’essaie l’avancée
Sur une ville en friches
Désertée par les michetons
De la poésie dite
« Libérée »

Je trace mille parcours
Sur une place en rut
De circulation

Pas de cour des miracles …
Je racle dans le hasard
Des bris d’art
Pacifiés
Mais non bercés
Par l’illusion reversée
Aux rêves roses

A chaque fois
Mes heures sont voraces
Et grillent les cris des zélotes
Avec le feu brêlant
De la chaîne
Des fauves

Ainsi – Ici – Je déshabille
Les obéissances qui saignent
Aux artères urbaines
J’enfourne les cornes du diable
Dans mes ailes d’ange
Pour – de mon regard –
Sceller les poussières
Aux bouches bien
Rangées dans
La pierre

Les souches hagardes
Des passants
Se désaxent dans
Les accents rapides
De la détresse
Quand vire précis
Le temps silencieux
Contre les désirs 
Devenus étrangers
A tout égard

Tout un monde –
Absenté à lui-même –
On décompte ses voix
Sur sa ronde épontillée
Par de brillants mensonges
Où se sangle sa présence
Entre  seuils sombres
Et  lumières émoustillantes

Dans mon pré carré
J’ouvre toutes les leçons des sons
Où semblent – de loin
Prier des traders
En arrêt
Devant les foudres
Qui bavent la circulation
Aux très saints carrefours

Mon poème lave
Les frasques humorales
Pour les blanchir de
Tout frisson décati et
Leur redonner couleurs et gaité

DES EAUX FORTES

DES EAUX FORTES



Je suis soufre à moi-même
Et les feuilles en ont
La couleur

Froid hors de mes cordes
Je résonne souvent de chaudes
Insomnies
Et l’azur me fond – il me fend

Plus aucune prière ne monte
Dans mon ciel sans étoiles

Au plus vif de ma douleur
Colère me réunit
Contre mes propres monstres
Et contre le plus froid
Qui voudrait
Me séparer

L'Etat m’est un vestige
Nécessaire qui résonne
Comme un coffre-fort
Sur lequel  frappent
De grands cris

Pour eux je grime
Une face cruelle
Des deux côtés
De ma moustache grise

Mais je mords l’injustice
Et déglutie sa parole
De bouffon singe -
Sans régner sur ma misère
Je me fabrique une royauté
D’insoumis

Sur mon rocher des fées
Tout un soleil attache son feu –
Arraché à la distance
Mon amour ne suinte pas
La tristesse -
De son alambic – débordent
Des eaux fortes
Qui me jettent dans
Un vivant portrait

D’un souffle – j’ai cramé
Tous les fagots de
La Saint Jean
Et les cendres – je les ai
Jetées au carrefour
De toutes les promesses
Vaines

Non féal – mon amour reste
Dans ce souffle où passent
Des matines fécondes
Et des rêves vespéraux
Tous ramassés
En péninsule

Tant j’ai effeuillé et égrené
Mon temps qu’il reste
En branches nues
Auréolées d’instants – quoi ? Lumineux !

Désir en proie aux farandoles érotiques
Que ne te dresses-tu pas
Dans la danse des
Souvenirs
Qui s’enrôle dans la robe
De la mémoire ?
Qui soupire aux hachures
Du temps ?

Nul habit brillant
N’est trace de nouveauté
Et l’automne fleurit encore
De ses couleurs
A la fenêtre de mes songes

Je sais l’automne …
J’emporterai tout
Sans-même une ultime prière
Quand la mort cavalière
Se dressera sur mon corps atone

Non ! Qu’une seule aurore
Puisse m’accompagner
Au creux labyrinthique
De mes fins
Qu’elle soit une ultime – comme
Actuelle jubilation
Devant les éclats ramassés
Du monde
Par les miséreux
Les souffreteux
Les pâles sans teint …

Je l’attraperai au-delà
De mon dernier désastre
Et je volerai – sans-cesse
Plus avant le temps fuyant
Et deshérent où hurle
La vitesse

Et le soufre de mon souffle
Brûlera encore et encore
Les épines séparées
Des roses émues
Par le sang
Du poète

Laissez – Laissez !
Ma chair  est un désir volubile
Arraché à l’azur
Sur le montant
De mes paupières

Et l’on  n’enlèvera pas
Les larmes perlées
Sur le visage jauni
De l’automne

Que le sens ressuscite
Avec le vent
Je le porte avec
Toutes les feuilles
Qui volent
Au hasard

Mon âge n’est pas victimaire
Et il s’abroge ce droit absolu
Qui devrait appartenir
A tout étranger
Revenu de
Toutes les guerres
De tous les désastres
De tous les exils
Et de toutes les servitudes
Volontaires

Notre terre est une issue sans fin
Où le pays cherche encore son ombre
Non ! Plus de vaisseau pour accoster
Sur nos rives – ne vient
En vainqueur
Ni en parvenu !

Ah ! Que mon cœur batte
Aux pulsations du pauvre
Et arrache les plus petits
Moignons de réel
De l’enfance
Du monde
A venir
Qui fleurira sur
Les plus humbles pas
De la vertu !...

Pourquoi l’ombre ne piocherait-elle pas
Dans la lumière
Ses sarments
Ses sources
Qui moissonnent
Dans les murs ?

La dernière grande pierre
Jetée au gouffre
Du hasard
Je la chaufferai
Aux édifices du poème
Sans attendre qu’un dieu
La fonde en or
Pour les veaux
De la morale

Les nuits mortes pour rien
Qui les glacera sous
Les aruspices
Qui prévoient
D’ « infantiles » - « infécondes »
Et « inutiles »
Cultures de la
Liberté ?

Y a-t-il encore poésie
Pour glaner encore
Des vœux
Au ventre
Des vampires ?

Non ! Plus aucun appel
Ne résonnera dans
Cet abîme !
Et nous qui clamons
La lueur
Nous la tenons pour tous
Et pour personne –
Affranchis ainsi de
Toute exclusivité

Pour le meilleur – Qu’elle trace
Son propre chemin
Sans bornes indicatrices
Ni signaux de détresse …
Voilà le poème qui monte
A mon souffle avec
Un soufre de nouveau
Projeté !

lundi 15 octobre 2012

TEMPS DU RÊVE - TEMPS DE VILLE

TEMPS DU RÊVE – TEMPS DE VILLE



Les petits yeux rivés
Au rêve délicieux
S’écarquillent
Puis le gèlent
Sous l’éveil

Nous lui donnons quittance
Pour armer nos sens
Dans l’âme de
La ville

Laissant ciller notre regard
Dans le filet de la
Réalité –
Nous brusquons et risquons
L’incertitude des mots
Qui voisinent
Avec une voix
Plus incisive

Qu’ils caressent notre écoute
Et soulèvent l’abîme
Du réel
Sous le ciel noir
De Paris sans
Étoile

Nous entendons les rhizomes
Des rumeurs croître
Entre les feux
Des fauves
Tous deux
Gonflent la misère
Qui ne se serre plus
Dans les seuils
Des maisons

Le rythme enivrant
Auquel se livre
Le pas d’enfer
Du travail
Emporte la poussière
Des songes en ignorant
Celle de la ville

Notre cœur balance
Quand le ciel
Se dénude de
Sa nuit
Et diamantise
Entre les arbres
Encore verts

Nous sommes amants
De l’aurore mauve
Et nous frissonnons
Alors qu’elle sauve
L’instant savoureux
Où brûle le dernier
Royaume des ombres

Nous sommes amants
Et rentrons attentifs
Dans la ville aimantée
Par le soleil d’or

Tous lampadaires éteints –
Nous savons avoir gagné
La course tentée sur
L’instant intrépide

Nous l’aurons marié
Avec la paix précise
De l’école de nos
Mots-choses
Contre le chaos rapide
Contre la guerre
Que nous livre
Les horloges

Cela aura été un rêve
Pour d’autres rêves
Incrustés de désir
Et de réel
Évanescent

dimanche 14 octobre 2012

LA DIMENSION INEXPLOREE



LA DIMENSION INEXPLORÉE



Je voudrais balloter
Au plus fort de mon cœur
Les lignes de mes nerfs sur celles
D’un avenir déferré
Par la plus ardente
Des mers

Je voudrais accrocher
Les brulots de mon temps
Au paletot de mon exil
Et qu’il fasse tempête
Sur ma chair-tambour
Pour y façonner
La résonnance à
Mes parcours

Et … Dans la ville tendre et sauvage –
Que vienne le vent
Qu’il corne ma
Rage
Qu’elle tonne au loin
Le plus pressé de
Mes propres
Orages

Diluée dans les rumeurs
En rafale – l’illusion
Brassée par
L’errance –
Déliera mon cri
Et le modulera
Pour l’échappée
D’un sens


L’averse mouillera mes vers
Et rouillera leur syntaxe –
Raviné – le chemin clair
De mes audaces
Cherchera d’autres axes
Pour bétonner mes songes
Sous l’ombre rongeuse
De ma mélancolie


Sortie des saisons
Monotones -
Réouverte :
Ma candeur alarmée
Retrouve déjà
La passion
Souveraine :

Celle intruse de mes domaines
A la rattrape d’un poème
Qui épèlera en
La recouvrant –
La dimension – sans fin -
D’une musique jamais
Expiée des courants
Qui la traversent
Comme un rappel
Des sources
Adventices
Dans ma ville
Mon long désir
Et ma soif

samedi 13 octobre 2012

L'AIR - LE TEMPS ET LA CIRCULATION



L’AIR  - LE TEMPS  ET LA CIRCULATION



Musique lancinante et silence
Sont lancés dans
Les hoquets de
La circulation

Pas de course dans
Ce précipité
Tout est
Encore lent
Sous les soldats de lune
Qui bavent leur
Écume mince

L’air érodé par la pluie
Crache ses déchets
Humides
Dans les rumeurs
Encore désossées

Il est gras – noir et vénéneux
Dans notre regard
Contre les yeux
Des fauves
Qui y jettent
Leurs feux

Le temps s’y abandonne
En ronflant – ronronnant
Tour à tour
Il simule le sommeil
Mais le digère dans
L’antre-macadam
Ici – dans l’obscur
Là – maintenant
Sillon transporté
Par l’instant
Vampirique
D’un manège
Sans fin et
Phosphorescent

La cité – son suc avalé
Par le stuc tintinnabulesque
Des rasades grises
Qui font
Comme bouillir
Le boulevard
Sous les lumières
En appui non démissionnaire

Mais le ciel commence à gonfler
Il se rehausse en mauve contre
La robe blanche et jaune
Des soldats de lune

Ira-t-il plus vite que leur temps ?
Il suspend maintenant
Une corne humide
Et blanche
Sur la paix des ombres
Devenue dangereuse

Le gris-gris défilé pressé
Mordant les bouches avides
De la ville encore
En hypnose
Voit-il
Cette lueur
Incendie mouillé
Sur collier brassé d’or
A l’ouest profilé au loin
Sous l’arc d’arbres
Encore pleins

Mais la lueur insiste un tout petit peu …
Survient la mort provisoire
Des soldats de lune …
Et ça se remarque !

Puis – de nouveau –
Le gris-gris uniforme :
Pierre – ciel – macadam

Cela aura été un dernier sourire
Aux coureurs du travail …
Ah ! La fébrilité des
Fureurs automobiles :
Entre chien et loup
Et … Quoi ?!
Le vent debout …
Bruit s’évanouissant … 8h … Silence …
Les corbeaux attristés
Croassent …